
II - Une Anthros au château
Alakai attendait, lasse de l’agitation et des festivités, le bal de la fête de l’Hiver. C’était ce soir là qu’elle avait rencontré sa gynieul Rekya, qui était certainement le membre de son cercle amoureux le plus étrange.
Rekya était une Anthros ayant grandi au château. Son père était l’horloger favori de la défunte Reine; et malgré la guerre, Mydias avait défendu bec et ongles la présence de son ami et ses filles au château. Après tout, Rekya et sa soeur étaient nées parmi des Capri… De la famille Royale qui plus est.
Rekya se tenait assise sur une banquette, en face d’Alakai, narguilé dans une main, et un verre de thé dans l’autre.
“- Ali, tu as à peine touché au thé.
- Rekya… Je … n’ai pas vraiment goût à boire du thé, à vrai dire.
- Ali, cela doit bien faire trois années que tu n’as goût à grand chose.
Rekya se laissa tomber brusquement au sol et glissa aux pieds d’Alakai. Elle laisse alors reposer sa tête sur ses genoux, que la Reine vint délicatement effleurer, d’un air distrait.
-Je sais bien qu’il y a quelque chose qui active tous tes rouages, là, derrière tes yeux. Cela fait longtemps que je ne les ai vus ainsi…
-Rouages ? Venant d’une Anthros, c’est assez effronté ! rit Alakai.
Rekya s’esclaffa en retour.. Avec une légère amertume.
Le portail des appartements s’ouvrit en un gros fracas. Rymk était rentré.
-Alakai ?
Rekya fit signe à Alakai de garder le silence, portant son doigt à ses lèvres souriantes. Amusée par les badineries de son amoureuse, elle ne put s’empêcher de laisser échapper un petit rire.
Rymk traversa alors le labyrinthe de rideaux qui scindaient l’Appartement, instinctivement, pour venir se retrouver dans le Salon des Fantaisies; où ses compagnes étaient installées pour boire le thé.
-J’espère ne pas vous avoir perturbées, très chères…
-A peine; rétorqua Rekya, taquine.
-Tu es en sacrément bonne forme aujourd’hui, à ce que je vois… Pas vrai Ali ?”
Alakai était à nouveau partie naviguer dans ses pensées. Elle se rappelait la haine intense qui unissait Rymk et Rekya par le passé. Pendant son enfance, il n’était pas bien ardu pour elle d’être née Anthros parmi des Capri. Cependant, quand les tensions et la guerre commençaient à emplir de leur âpre fumet les rues du Royaume… Une rancœur intense et violente s’était installée entre les Capri et les Anthros. Rekya était certes protégée par Mydias, et Andriakê; mais elle subissait railleries et agressions des Capri de la Cour.. Notamment celles de Rymk. Cependant, Alakai savait que la discrimination ambiante n’était pas la seule motivation de l’acharnement de Rymk. Celui qui était maintenant son andriarche avait autrefois du mal à supporter qu’Alakai eut pu aimer autrui, une Anthros qui plus est.
Les rideaux dansants se reflétaient dans le doré des yeux d’Alakai, rivés dans le vide. Rekya et Rymk la fixaient, avec la même inquiétude partagée…
Nouveau fracas. Entrant en trombe -en tout cas du mieux qu’elle pouvait, pour une Sentinelle-, Bichine traînait sa lourde carapace en tenant une curieuse missive:
“Votre Altesse ! Votre Altesse ! Il est pour vous de la plus grande importance de… Oh.
Bichine se figea nette, assez gênée de s’être glissée sous le rideau du Salon des Fantaisies… Son petit visage velu se bleuit d’embarras.
-Hum hum ! se reprit-elle. Jeunes gens… Je me dois infortunément de vous congédier. Alakai, mon petit, j’ai à te parler.”
Sans aucune autre forme de procès, Rymk et Rekya quittèrent l’appartement de la Reine.. Mais non sans appréhension.
Quant à Alakai, un léger sourire vint se dessiner sur son visage usuellement impassible… Secondé d’une once d’espoir.
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